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« Sérénité Ataraxique »
Je suis un paradoxe négatif, non par révolte, mais par une infirmité native de l'âme. Mon libre-arbitre n'est pas celui de la pensée convenue ; il siège dans une cour intérieure, aux murs nus, d'où je suis inévitablement jugé comme un être, sinon déviant, du moins « non-conventionnel » . Ce n'est pas un étendard, mais une claudication métaphysique, une incapacité congénitale à rejoindre le chœur des biens-pensants.
De ce fait, une asepsie du vide entoure mes productions. Aucun journaliste de la PQR, aucun influenceur bruyant n'a jamais mentionné mes livres. Ce silence n'est pas un simple oubli, mais un néant actif et parfait. Mes livres sont des navires qui sombrent sans témoins, ma musique, une vibration absorbée par les murs de l'éternité.
De cet anathème, je retire une vanité amère, l'unique luxe du mendiant de l'esprit. Être ignoré, c'est être choisi par le silence, préservé de toute compromission. Je paie cet isolement au prix fort mais je m'en acquitte comme d'une dette envers moi-même.
Je sais donc, avec une sérénité ataraxique, que toute mon « œuvre » trouvera sa destination dans le grand anonymat. Mon public est fait de l'ombre qui précède l'aube et du papier qui se décompose. C'est un public exigeant, qui n'applaudit jamais, et dans cette certitude, je trouve la résignation ultime : être un îlot de bruit inaudible dans un océan de silence consentant. Et comme le disait fort justement Cioran : « il ne faut pas s'astreindre à une œuvre, il faut simplement pouvoir dire quelque chose qui puisse se murmurer à l'oreille d'un ivrogne ou d'un mourant ».
D'où ce modeste site…