Extrait « Petit Lexique Satirique du Parler Facho »

AVERTISSEMENT ET PRÉAMBULE

Les médias et réseaux sociaux de mes amis de gauche - que je remercie au passage - ont été - et demeurent - une source inépuisable des apophtegmes du présent ouvrage. J'ai repris leurs antiennes en grossissant le trait, à dessein bien sûr ! Tellement grossi que les personnes, organismes, statistiques cités le sont juste pour le bon mot sans aucune intention diffamatoire. Cela mérite d'être dit d'entrée face à d'éventuels esprits chafouins.

J'avoue pourtant m'être bien amusé dans cette provocation du parti de l'autre rive. Oserais-je dire que la rédaction de ces lignes m'a incité à prendre conscience des limites mêmes de mes propres opinions ? Comparaison n'est pas raison - mais je comprends mieux pourquoi Zola a si bien écrit sur le mouvement ouvrier, lui qui ne partageait en aucune façon la vie de ces derniers.

Alors, si toute pensée est une fiction, la politique est une tragédie antique jouée par des histrions qui se prennent pour des dieux. Ce lexique en est le chœur ironique.

Aussi, cet ouvrage s'adresse-t-il aux disciples du « Parti du Rire », à ceux qui préfèrent l'ironie aux dogmes, le sourire aux anathèmes, la mauvaise foi à la pensée sentencieuse. Ce livre n'est pas un manifeste, mais un reflet tordu, l'ombre portée d'un autre lexique, son double ironique, son négatif révélé comme on retourne un vêtement pour en exposer la doublure.

Il emprunte la structure, les artifices, les procédés au « Petit lexique satirique du parler Gauchiste » du même auteur - mais pour en inverser le sens, pour en troubler les eaux. La méthode reste la même : définir avec une gravité feinte, étymologiser à demi-sérieux, illustrer par l'exemple absurde. Pourtant, quelque chose d'étrange se produit : sous le vernis de la satire, les deux lexiques finissent par se ressembler. Les mêmes procès en hypocrisie, les mêmes excès de langage, les mêmes simplifications outrancières.

Ambivalence – voilà le mot qui résume tout. La droite et la gauche, dans leur parodie mutuelle, se renvoient le même miroir déformant. Le progressiste qui méprise les « réacs » est-il moins dogmatique que le conservateur qui vomit les « wokes » ? Le militant qui croit détenir la Vérité, sous quelque bannière que ce soit, n'est-il pas toujours un fanatique qui s'ignore ?

Ce lexique ne prétend pas trancher. Il joue avec les mots comme on joue avec des armes chargées à blanc – pour le frisson du danger simulé. Satire contre satire, mauvaise foi contre mauvaise foi. Et si, à la fin, le lecteur ne sait plus très bien qui caricature qui, alors l'objectif sera atteint : montrer que la vérité politique n'est souvent qu'une question de perspective, et que le ridicule, lui, ne choisit jamais son camp.

Feuilletez ces pages comme on parcourt un recueil de blagues cyniques. Riez, râlez, méprisez – mais n'oubliez jamais que le langage est un piège. Ce lexique en est la démonstration.

Post-Scriptum pour les âmes sensibles :

Ce livre ne contient aucune vérité révélée, seulement des reflets déformés.

Son auteur véritable est multiple et insaisissable.

Si vous refermez cet ouvrage avec moins de certitudes qu'en l'ouvrant, alors l'entreprise aura réussi.

ABANDON DE LA MÉRITOCRATIE

(loc. anxiogène, épouvantail des élites inquiètes pour leur progéniture)

Définition : Chimère agitée comme un épouvantail dans les salons bien peignés, ce fantasme décrit la disparition supposée d'un monde où le talent triompherait sans autre aide que celle du génie individuel – à condition, bien sûr, que ce génie ait été cultivé dès le berceau dans les bonnes écoles, avec les bonnes fréquentations, et surtout, les bonnes rentes. On y pleure la mort de l'effort, tout en fermant soigneusement les yeux sur l'ascenseur social en panne depuis trois générations.

Étymologie :

- Abandon : issu du vieux français "laisser choir" , ici appliqué à une vertu qui n'a jamais vraiment quitté le giron des héritiers.

- Méritocratie : mot-valise inventé pour faire croire que les dynasties bourgeoises doivent tout à leur seul génie, et rien aux hasards de la naissance. Testée avec succès dans les romans de Balzac, mais jamais en conditions réelles.

Synonymes :

- "Nivellement par le bas" – Quand ceux d'en bas osent regarder vers le haut.

- "Dictature des incapables" – Traduction : "Quand les autres réussissent sans mon carnet d'adresses."

- "Cancel culture du talent" – Version LinkedIn des pleureuses de l'Ancien Régime.

- "Fin des grandes écoles" – Cauchemar absolu de l'enfant élevé à Sciences Po depuis la maternelle.

Exemple d'usage : "Avec le wokisme qui veut supprimer les concours, c'est l'abandon pur et simple de la méritocratie ! Bientôt, on prendra les chirurgiens à la loterie !"

— (Sanglots d'un normalien, fils de polytechnicien, petit-fils d'énarque, arrière-petit-neveu d'un ministre oublié, devant son portefeuille d'actions héritées.)

Commentaire : Le comique tragique de cette complainte réside dans son invocation par ceux-là mêmes qui doivent leur place à :

1) Un arbre généalogique bien branché sur les leviers du pouvoir,

2) Des précepteurs payés au black depuis l'âge de six ans,

3) Une maîtrise innée des codes qui font dire "Il a l'air si naturellement doué !" à ceux qui n'ont pas les clés. Et qui, pourtant, s'étranglent d'indignation à l'idée qu'un boursier puisse, par quelque malentendu administratif, se glisser dans leur saint des saints.

Morale : Le mérite est une vertu comme la modestie : plus on en parle, moins on en a.

Note finale : À noter que ceux qui déplorent "l'abandon de la méritocratie" sont souvent les premiers à s'offusquer quand un fils d'ouvrier parvient, contre toute attente, à s'asseoir à leur table. Preuve que pour eux, le mérite est une porte tournante : on ne l'emprunte que dans un sens.

Variante historique : "La carrière ouverte aux talents" – Slogan napoléonien valable uniquement si ledit talent s'accompagne d'un beau mariage et de relations utiles.

Post-scriptum ironique : Si la méritocratie existait vraiment, ses plus ardents défenseurs seraient aujourd'hui caissiers ou livreurs. Mais chut, ne réveillons pas les dormeurs.

ALLIANCE DES MINORITÉS

(loc. fantasmatique, cauchemar électoral des majorités déclinantes)

Définition : Hallucination collective des puissants en sueur, persuadés que les laissés-pour-compte de l'Histoire se réunissent en secret, entre deux allocs et trois slogans, pour leur voler leur précieuse domination. Peur bleue de ceux qui, ayant toujours confondu privilège et mérite, voient dans chaque revendication d'égalité un coup d'État en germe.

Étymologie :

- Alliance (altération paranoïaque de alliance ) : du latin alligare (« attacher ensemble »), mais dans l'esprit fiévreux de certains, cela signifie « ligue des damnés en colère ».

- Minorités : terme fourre-tout désignant toute personne n'ayant pas eu la décence de naître blanche, hétérosexuelle, riche et de préférence dotée d'un pénis.

Synonymes :

- « Communautarisme » (version pseudo-laïque, à utiliser entre deux discours sur l'universalisme… sauf pour les universaux qu'on n'aime pas).

- « Grand Remplacement » (version ésotérique, à réserver aux initiés d'une chaîne bien connue d'information en continu et aux veilles d'élections).

- « Lobby LGBT-wokiste-immigré » (version raccourcie du cauchemar de l'homme blanc moyen en 2024).

- « Guerre des races » (version Renaud Camus, mais sans le style).

Exemple d'usage : « L'alliance des minorités est en marche ! Entre les islamo-gauchistes qui veulent interdire le jambon dans les cantines, les féministes qui rêvent de castrer tous les hommes, et les écologistes qui nous forcent à rouler en vélo, bientôt il ne restera plus que du quinoa et des pronoms neutres dans ce pays ! »

— Extrait d'un éditorial d'un journal classé à droite, écrit entre deux crises existentielles et trois verres de cognac.

Commentaire : Cette théorie repose sur trois piliers aussi solides que du sable mouvant :

1. L'idée que les minorités, pourtant souvent en désaccord entre elles, s'uniraient dans une fraternité magique dès qu'il s'agit d'embêter Monsieur Dupont-Lajoie.

2. La croyance touchante que les opprimés auraient le temps de comploter, alors qu'ils sont surtout occupés à survivre.

3. L'oubli délicat que la seule alliance réelle est celle des milliardaires, qui rient en silence pendant qu'on s'écharpe sur les toilettes unisexes.

Morale : Quand on a passé sa vie à écraser les autres, même l'ombre d'un partage ressemble à une révolution.

Note finale : Le comique suprême ? Ceux qui hurlent à « l'alliance des minorités » sont les meilleurs recruteurs de cette cause. À force de tout mélanger – un voile ici, un mariage gay là, une grève des ouvriers ailleurs –, ils finissent par créer l'union qu'ils redoutent. Bravo, génies. L'Histoire retiendra votre contribution involontaire à la solidarité humaine.

ANESTHÉSIE COLLECTIVE DU PEUPLE

(n. fém., délire paranoïaque élitiste – avec option martyr révolutionnaire)

Définition : Théorie complotiste avancée par les pseudo-révolutionnaires de droite et de gauche, prétendant que les masses seraient volontairement abruties par les médias/le système pour les empêcher de se révolter contre l'ordre établi. En somme, une façon distinguée de dire : "Si seulement ces idiots pensaient comme moi, le monde serait sauvé."

Étymologie :

- "Anesthésie" : emprunt médical détourné en métaphore par des gens qui n'ont jamais tenu un scalpel, mais adorent jouer aux chirurgiens sociaux.

- "Collective" : mot fourre-tout pour éviter d'assumer son mépris de classe, tout en se drapant dans une fausse sollicitude. "Je les plains, ces pauvres abrutis... mais surtout, qu'ils ne viennent pas gâcher mon manifeste avec leurs avis de plèbe."

- Popularisé par les gourous conspis en quête d'audience et les tribuns populistes en manque de disciples.

Synonymes :

- "Aliénation médiatique" (version gauchiste bobo, à servir avec un vin naturel et une pointe de condescendance).

- "Matraquage télévisuel" (version beauf réac, à accompagner d'une bière et d'un air entendu).

- "Doxa mainstream" (version intello pédante, à réciter en fixant son interlocuteur par-dessus des lunettes qu'on nettoie avec ostentation).

Exemple d'usage : "Regardez-les avaler les infos d'une chaîne bien connue d'information en continu comme des somnifères ! Cette anesthésie collective explique pourquoi le peuple ne se révolte pas contre l'immigration de remplacement !"

(Un militant d'Extrême droite après son 4ème Ricard, persuadé que l'éthylisme est une forme de lucidité politique.)

Commentaire :

1) Ceux qui dénoncent "l'anesthésie" sont souvent les premiers à diffuser des narcotiques intellectuels – fake news, théories fumeuses et simplismes en sachet-dose. "Réveillez-vous ! (Mais surtout, achetez mon livre.)"

2) Le peuple est parfaitement capable d'analyser son intérêt – il vote juste différemment des donneurs de leçons, ce qui, dans l'esprit de ces derniers, constitue une preuve irréfutable de son inconscience.

3) Cette théorie absout ses promoteurs de tout effort pédagogique : "De toute façon, ils ne comprendront jamais." Traduction : "Je n'ai pas envie de me fatiguer à convaincre, alors je préfère croire qu'ils sont lobotomisés."

Morale : Rien n'est plus arrogant que de prétendre réveiller un peuple qu'on considère endormi – surtout quand on est soi-même en plein somnambulisme idéologique.

Note finale : Les chantres de "l'anesthésie collective" sont généralement les mêmes qui s'étonnent que "le peuple vote mal" – preuve que leur mépris n'a d'égal que leur incompréhension de la démocratie. "Ah, si seulement la démocratie pouvait exclure ceux qui ne pensent pas correctement !" (Déjà essayé. Ça s'appelait l'Inquisition.)

ANTIFA

(n. masc. inv., croisé autoproclamé de la justice sociale – avec option martyr sans cause claire)

Définition : Militant révolutionnaire en lutte contre le fascisme, y compris dans ses formes les plus hypothétiques, voire carrément imaginaires. Se reconnaît à son uniforme (noir, comme son humeur les jours de manif), son cri de ralliement ( "Tout le monde déteste la police !" , scandé devant des policiers qui, ironiquement, les protègent des vrais fascistes qu'ils n'ont jamais croisés), et son étrange propension à casser des vitrines capitalistes pour mieux dénoncer le capitalisme – tout en postant leurs exploits sur des smartphones produits par des enfants sous-payés.

Étymologie : Apocope d'anti-fasciste, bien que l'usage moderne suggère une étymologie alternative : anti-fa (contre la fa musicale), en référence à leur aversion pour toute harmonie sociale. Certains linguistes y voient aussi une contraction d' "antipathie envers les faits", tant leur rhétorique repose davantage sur l'émotion que sur l'analyse.

Synonymes :

- "Black bloc" (version streetwear de la révolution, collection automne-hiver : cagoule et pavés).

- "Gardien rouge de la démocratie" (auto-décerné, bien sûr).

- "Briseur de fascisme en kit" (car le vrai fascisme, lui, est toujours en rupture de stock).

- "Robin des Bois du macadam" (qui vole aux entreprises pour... donner quoi, au juste ? Des slogans ?).

Exemple d'usage : "Les antifas ont pacifié la manifestation en incendiant trois poubelles et en taguant 'Mort au système' sur un McDonald's – temple moderne de l'oppression nutritionnelle."

(Reportage Libération, 2021 – Prix Pulitzer du militantisme le plus contre-productif.)

Commentaire : L'antifa est un paradoxe ambulant, une contradiction en marche, un oxymore en baskets : il combat l'autoritarisme par des méthodes autoritaires, la violence d'État par la violence privée (et souvent mal dirigée), et les symboles du pouvoir en s'attaquant... à des symboles. Son existence même prouve que le fascisme, comme le monstre du Loch Ness, reste introuvable mais économiquement rentable – surtout pour ceux qui en vivent.

Car, au fond, que serait l'antifascisme sans fascistes ? Une secte en quête de sens, un club de casseurs sans adversaires, une idéologie sans ennemis déclarés – si ce n'est, bien sûr, ceux qui osent ne pas être d'accord avec eux.

Morale : Quand on passe sa vie à traquer des fascistes partout, on finit par en devenir un – mais de l'autre côté.

Note finale : L'histoire jugera si les antifas étaient les derniers résistants ou les premiers idiots utiles d'un nouveau conformisme. Leur certitude absolue d'incarner le Bien – et leur refus catégorique de toute nuance – suggèrent malheureusement la seconde option. Après tout, rien ne ressemble plus à un fanatique qu'un autre fanatique. Même s'il porte un drapeau différent.

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